le Journal du Floyd

Exposer pour les ombres...

Bremerhaven

...et développer pour les hautes lumières. En clair, cela signifie prendre la mesure de la lumière sur les ombres et faire preuve de retenue lors du développement du négatif. Simplement parce que les hautes lumières vont être révélées en premier lors du processus. Un développement plus long augmente bien sûr le contraste, le grain "monte", l' ensemble devient "baveux", on perd du détail simplement, assez reconnaissable sur la pellicule au niveau des bords (devenus noirs/sombres ou encore simplement en regardant le numéro de l' image ou la marque du film). J' aurais pu penser que le numérique allait révolutionner la photographie et remiser de manière implacable les appareils traditionnels. Pas si sûr... A mes débuts, je réfléchissais davantage. Je faisais toutefois confiance à la cellule de mon boitier, je prenais parfois la mesure dans le creux de ma main pour affiner, au cas où, dans les situations les plus difficiles (contre-jour, neige). Il y avait ce petit côté mystérieux, je ne connaissais pas le résultat avant de développer mes négatifs.

Puis le format APS est arrivé. Les premières inquiétudes passées, j' avoue avoir ricané. Inquiet, parce que la cartouche APS ne m' autorisait plus à jouer les apprentis chimistes, et développer les films moi-même. Le rire béat de se voir proposer un film plus petit que le 24x36, mais capable de fournir plusieurs formats dont le panorama! Il ne faut pas avoir fait des études supérieures pour comprendre que, d' un film plus petit, il va s' avérer difficile d' obtenir une qualité équivalente ou supérieure au 24x36. Sans parler des petits soucis avec les cartouches APS, insertion ou rembobinement, certains ont perdu leurs précieuses photos de vacances pendant que d' autres pestaient contre le manque de définition des images obtenues. Chronique d' une mort annoncée, le format APS n' a pas convaincu et a finalement disparu au bout de 2 ou 3 ans.

Le format numérique est apparu timidement. Avec très peu de pixels au compteur. Puis la machine s' est emballée, la course aux pixels s' est enclenchée. J' ai cédé au modernisme, à la nouveauté, il y a 10 ans avec 14 millions de pixels. Une deuxième fois, il y a 2 ans, pour 18 millions de pixels. J' ai au moins pu conserver l' usage de mes objectifs et je n' ai pas jeté mes anciens boitiers. Et maintenant, si je fais le bilan de ces expériences nouvelles? Quid de la modernité numérique? Peu importe la course à l' ultime pixel, les images obtenues sont relativement décevantes. Tout d' abord les cellules des boitiers sont dans les "choux", une surexposition systématique d' au moins 1 diaph. En nocturne, il est impératif de prendre un bon vieux posemètre. Une absence de détails tout simplement ahurissante, dans les hautes lumières ou inversement, la prise de vue est parfois plus difficile qu' avec une diapositive. La photographie n' est pas non plus l' usage exclusif du logiciel Photoshop et consort. La retouche sur ordinateur, même si nécessaire, devrait s' effectuer de manière relativement soft. Pour récupérer, si j' ose dire, les errements, plusieurs pratiques sont de mise, tel le HDR. Cela reste un effet, comme il en existait avec la photographie traditionnelle, mais le tout appliqué systématiquement finit par lasser et fausser l' oeil. Au fil de mes recherches sur internet, de lectures des forums ici ou là, je suis tombé sur pas mal d' impostures, du style apprentissage de Photoshop. Ou encore trafiquer ses images pour obtenir le meilleur effet visuel, à dire vrai, pas intéressant et assez kitsch (allez vas-y, mon mignon, multiplie les calques sous ton logiciel de merde...). Le numérique a changé nos habitudes et pas pour le meilleur. Au fil de mes voyages et de rencontres.... Certains déclenchent 10 prises de vues ou plus pour la même scène, et suppriment les plus mauvaises aussitôt. D' autres, en mode automatique, voient leur nombre d' isos grimper en flèche pour un simple coucher de soleil, j' ai même vu un cas pour une scène en extérieur, en plein soleil de midi. Les plus idiots ont un bel appareil photo, il est tout joli, imposant, dernier cri, il a coûté cher, on se la joue professionnel, mais bien sûr ils n' ont aucune idée des paramètres de leur propre boitier.

Le côté indéniable du numérique est bien entendu pratique, facile et économique mais pas aussi accessible que cela. A en juger par les résultats vus ici ou là... L' image montrée ici a été réalisée en moyen format, avec un film Kodak TRI-X. Le ciel n' est pas blanc, en bas à gauche, j' ai du détail dans la végétation, l' ensemble reste harmonieux et relativement neutre. En clair, j' ai une latitude plus grande qu' avec un numérique. La différence avec le numérique ne serait vraisemblablement pas perceptible par tous, mais cette différence est pour moi relativement choquante. Lors de mes déplacements, mon sac à dos contient donc du numérique, car incontournable de nos jours, mais également du traditionnel!