le Journal du Floyd

La fille des dunes...

femme posant sur les dunes blanches de Mũi Né

On connait tous cet engouement pour les selfies. Certains optent pour la perche à connards, suivez mon regard... J' en ai vu d' autres rouler à vélo tout en se prenant en photo. Lamentable. Triste. La demoiselle sur la photo voulait faire les choses bien, elle était accompagnée d' une copine et jouait avec le vent et son foulard pour le plus parfait des portraits. Ouais, sauf que. Non mais la copine en question, elle avait un beau Nikon. Mais le résultat n' était pas là. Comme je passais à côté avec mes 2 appareils, l' un argentique, l' autre numérique, elles m' ont appelé à la rescousse. Ah bah ouais cocotte, en position "macro", tu vas pas réussir grand chose. J' ai fait okay mais je change la configuration de ton merveilleux appareil, priorité vitesse sur 1/250 pour stopper le vent dans le foulard, -2/3 de diaphs pour saturer légèrement et clic clac (plus Kodak du coup, hein?) dans la poche, enfin sur la carte SD. La copine regarde le résultat "wow, so beautiful". En compensation, le modèle a posé pour moi. L' histoire pourrait s' arrêter là. Ce que je trouve dommageable avec l' évolution des techniques, le numérique, la photographie s' est peut-être trop démocratisée et nous sommes devenus plus crétins. Résumons, avec le numérique, je m' en fous, je prends mes photos en rafale, je supprime aussitôt les vilaines, tout pas belles et forcément dans le lot je vais avoir la bonne. Plus besoin vraiment d' appareil photo, mon smartphone fait cela très bien aussi. Pis de toute manière, la photographie c' est pas compliqué, mon appareil fait de belles photos, hein? Ouais, j' entendais aussi ce genre de connerie avant. L' argentique, ou pour moi, le noir et blanc, c' est déjà autre chose. Ce n' est pas écolo, je manipule des produits toxiques qui ne sentent pas bon. Les différents processus de développement, de lavage, de séchage vont rebuter les plus courageux. Et c' est devenu économiquement pas jouable, je paie pour mes films et les produits. C' est autre chose que de formarter une carte SD dans l' appareil. J' ai toujours l' aggrandisseur, mais je scanne les négatifs. J' ai jamais été bon avec l' aggrandisseur, il aurait fallu que j' en fasse tous les jours. Qui se souvient toutefois d' avoir touché une photo en papier baryté? Le rendu des photos, jouer avec les ombres et la lumière, les filtres de couleur pour le contraste (prise de vue comme sous l' aggrandisseur)? Pour des photos originales, des montages, il fallait une sacrée dose de créativité, d' imagination, de génie. Enfin, le grain, la texture... Notre attitude a changé. Lors de la prise de vue, je ne pouvais pas voir le résultat tout de suite, je mesurais la lumière de manière intuitive. Le boitier donnait déjà une indication, mais selon les conditions, parfois difficiles, j' utilisais parfois le creux de ma main. Je dirigeais le boitier vers le creux de ma main et effectuais une mesure de la lumière, le creux de la main étant le gris parfait pour cela (d' autres utilisaient une charte de gris). Bref, nous avions une approche bien différente, ce qui était loupé à la prise de vue, ne se rattrapait pas obligatoirement sous l' aggrandisseur. Aujourd' hui, il se passe quoi? Ben, pas grand chose d' émouvant, côté photographe ou utlisateur, les soucis ont disparu, quoique les logiciels de retouche ne peuvent pas tout faire non plus. Il aurait été impensable d' utiliser une très grande quantité de films sans aucun résultat ou une certaine conséquence financière, ceci ou cela ayant amené le photographe à se poser des questions. Les images numériques sans retouche manquent incroyablement de corps et de profondeur. Elles manquent d' âme quelque part. Mes négatifs ont une texture, du grain, et pas du carré plat insipide. Je vis avec mon temps, mais l' argentique n' est pas mort, le numérique n' a pas réussi. Il n' est pas stupide de photographier avec son smartphone, d' un point de vue romantique, le temps s' est trouvé subitement suspendu, voire capturé. Plutôt que de se promener tête baissée avec un smartphone, promenons-nous tête haute avec un vieil appareil argentique?