le Journal du Floyd

Un tramway nommé désir...

tramway en centre ville ligne 2

Les plus grandes détresses se lisent sur les visages, dans les yeux. Lorsque les portes du tramway se ferment de manière inexorable pour ne plus se rouvrir. On apercoit bien souvent un quidam quelconque qui court dans une tentative desespérée, tendant le doigt vers l' interrupteur. Les personnes d' un age un peu plus avancé font chauffer la gomme de leurs déambulateurs, les femmes mûres se pressent par petits pas, boudinées dans leurs jupes serrées, elles y laissent parfois un talon de chaussure. Peines perdues, le tramway se met en branle. Certains courent encore, pensant naivement que le chauffeur du tramway stoppera sa machine dans un élan soudain de générosité. Les visages se crispent, l' émotion est palpable, un sentiment mêlé de tristesse et de rage, rien qu' en pensant qu' il faudra attendre 10 minutes supplémentaires, ou bien 20 minutes selon l' heure de la journée, et beaucoup plus si, effectivement, la personne habite au cul du loup. Assis chaudement dans ce tramway nommé désir, qui file vers sa destination tel un cheval au galop, je n' oublie jamais de faire un petit coucou à ces personnes laissées pour compte de cette société cruelle. C' est un devoir presque civique que de démontrer de manière affectueuse toute sa compassion devant tant d' injustice. Depuis, dans un souci permanent d' être bon pour mon prochain, je passe ma vie dans le tramway à saluer ces pauvres âmes en perdition totale.